La Lettre du Financier Territorial

Editorial

L'exceptionnelle résilience des préfets

Publié dans le N°416 - Janvier 2026
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Le préfet, une des autorités publiques les plus anciennes, créée par la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), est aujourd'hui encore un pivot essentiel des administrations territoriales et un repère stable dans le labyrinthe institutionnel. Son nom est inspiré du droit romain où ces personnes étaient placées en tête dans des fonctions militaires ou civiles. Ce terme garde une forte valeur symbolique et n'a jamais pu être remplacé durablement par celui de commissaire de la République. « Seul chargé de l'administration » en 1800, il a vu son rôle considérablement évoluer, principalement comme exécutif de la collectivité départementale jusqu'en 1982.

La fonction a des caractères uniques, particulièrement stratégiques en raison de sa plurivalence. Le préfet est « le représentant de l'État, représentant de chacun des membres du Gouvernement, a la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois » (art. 72 constitution). Il dirige et coordonne les services de l'État dans sa circonscription et dans leurs relations avec le pouvoir central. Il est en rapport avec l'ensemble des collectivités locales comme contrôleur des budgets et de la légalité des actes, mais aussi comme conseiller et organisateur de multiples coopérations. Un de ses pouvoirs propres, des plus rudes, est la sécurité : ordre public, sécurité civile, police des étrangers.

Depuis 2021 le corps préfectoral, comme d'autres grands corps de l'État, est mis en extinction au profit du statut général des administrateurs de l'État. Si le souci d'assurer la mobilité dans la haute fonction publique est légitime, il faut se garder d'une vision abstraite du manager omniscient et interchangeable. Certains métiers nécessitent un long apprentissage de terrain. Un brillant directeur d'administration centrale sait-il spontanément diriger un commandant de CRS aux prises avec une manifestation houleuse ou aplanir des affaires locales avec des élus ?

L'ouverture a toujours existé, puisque le gouvernement a un pouvoir de nomination discrétionnaire et des préfets sont en poste en administration centrale et dans des collectivités territoriales. L'avenir va, en partie, se jouer dans la capacité à maintenir un vivier attrayant de sous-préfets.

Que nous apprend cette pérennité des préfets qui ont traversé tant de régimes politiques et de réformes administratives ? Une leçon parfois méconnue : toute organisation, surtout quand elle est complexe, a besoin d'un chef, capable de décider, d'arbitrer, de concilier en en assumant la responsabilité. Les préfets, surveillés par l'opinion, les élus et les ministres, sont aussi soumis à l'évaluation du Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'État (CSATE).

Des circuits de décision encombrés d'acteurs aux pouvoirs incertains, de consultations diverses et enserrées dans un excès de formalisme fabriquent des produits qui ne représentent finalement la raison de personne, tout en diluant les responsabilités. Les finances publiques en offrent l'édifiante illustration. Une autorité polyvalente, à la légitimité indiscutée, placée au carrefour de toutes les administrations et disposant d'un certain pouvoir d'adaptation est une pièce irremplaçable dans l'architecture publique. Sera-t-elle repositionnée lors d'une nouvelle décentralisation ?

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