La Lettre du Financier Territorial

Editorial

Les zones d'ombre des élections municipales 2026

Publié dans le N°419 - Avril 2026
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Les élections municipales 2026 ont été comme d'habitude des moments de démocratie locale importants. Certains aspects de la gestion communale n'ont, cependant, pas ou peu été abordés lors de cette campagne. Il en va ainsi des enjeux de l'intercommunalité. Un exemple topique peut illustrer cet état de fait. Les médias se sont fait l'écho de la victoire du maire de Lyon sans toujours préciser que la métropole de Lyon avait quant à elle basculé pour un bord politique contraire. Or, il s'avère que les compétences de cette métropole sont considérables et que son poids financier est très largement supérieur à celui de la ville de Lyon. Les projets de l'équipe municipale risquent d'aller à l'encontre de ceux de l'équipe métropolitaine et vice versa ! C'est un cas de figure qui peut concerner d'autres intercommunalités. De manière générale, les candidats n'ont pas, ou très peu, fait campagne sur un bilan ou un projet intercommunal. Pourtant, sur les bulletins de vote des communes de plus de 1 000 habitants se trouvaient les noms des futurs conseillers communautaires. En application du code électoral, « nul ne peut être conseiller communautaire s'il n'est conseiller municipal ou d'arrondissement ». Cette règle de lien entre élections municipales et élections communautaires aurait dû susciter des débats plus importants sur les enjeux intercommunaux. Les compétences des communautés urbaines, des communautés d'agglomération et des communautés de communes, mais aussi naturellement des métropoles, sont désormais particulièrement structurantes (Aménagement, urbanisme, développement économique, eau et assainissement, gestion des déchets, voirie, etc.). Il est donc dommage que les débats aient été souvent très « communaux » ! Au regard des compétences exercées par les EPCI, il est certain que la question de l'élection des conseillers communautaires au suffrage universel devrait se poser à l'avenir. Mais il s'agit d'une question complexe !

L'autre zone d'ombre de ces élections est le peu de prise en compte des questions financières et du contexte économique compliqué. Les budgets des communes comme des intercommunalités doivent être votés en équilibre. Ce principe cardinal de la gestion locale n'a pas souvent été au coeur des débats. Les équipes de candidats proposent des programmes où les dépenses occupent une place majeure. Administrer, c'est dépenser, pensent certains ! Ainsi, proposer la cantine ou les transports gratuits sont des projets qui peuvent se justifier socialement, mais qui risquent de poser d'indubitables problèmes de financement. Si la dette des communes comme des intercommunalités reste globalement saine, les recettes fiscales sont désormais très contraintes. Nombre d'observateurs ont constaté une baisse marquée des niveaux d'encaissement de la taxe d'aménagement qui finance les équipements publics. La taxe additionnelle aux droits de mutation n'a pas repris de vigueur. La taxe foncière reste marquée par un dynamisme très relatif. La baisse des financements départementaux et régionaux est une évidence. Toutes ces incertitudes en matière de recettes risquent de s'imposer comme un cruel rappel à la réalité, notamment pour les nouvelles équipes.

De plus, le contexte financier semble devoir s'aggraver pour les collectivités territoriales en raison de la situation géopolitique issue de la guerre au Moyen-Orient. Les maires et présidents d'intercommunalité et leurs équipes risquent de se trouver obligés de revoir leurs ambitions et surtout leurs promesses électorales !

NOTES :

[1] RECLUS (CNRS-GDR Libergéo), Territoire et aménagement, coordonné par Yves Guermond, Atlas de France, La Documentation Française, 2001.

[2] Loi N°2010-1563 du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales. Précisons qu'une métropole est un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre qui regroupe plusieurs communes d'un seul tenant et sans enclave.

[3] Structure créée par la loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles (MAPTAM) du 27 janvier 2014.

[4] https://www.insee.fr/fr/statistiques/8672621?sommaire=2414232

[5] Le fichier a été conçu à la direction régionale Alsace de l'Insee à la fin de la décennie 1980 en un temps où les pouvoirs publics, particulièrement à travers la Datar, se penchaient sur la question de l'hyper-concentration de la population (comme d'ailleurs des activités économiques) autour de la capitale. Signalons qu'à l'époque, l'auto-saisine des directions régionales était une pratique courante et que celle de Strasbourg avait reçu l'autorisation de développer une mission Saphir visant à construire un système d'information statistique consistant sur la durée pour rendre compte des évolutions à long terme des territoires. Après une interruption brutale d'une quinzaine d'années à partir de 1993, l'Insee a décidé de reprendre l'opération Saphir et de l'intégrer dans son système de diffusion.

Cf. la note méthodologique https://bibliotheque.insee.net/doc/SYRACUSE/452967

[6] Le cas de Nice et de la Côte d'Azur est cependant discutable. Nous verrons plus bas qu'il y a un assez fort mouvement migratoire vers le Var, mais, comme ce n'est pas réciproque, l'indicateur symétrique employé ici reste modeste. Il est légèrement en dessous du seuil choisi pour la carte 3 (avec une valeur de 69 au lieu de 70), d'où l'absence de lien sur le dessin.




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